samedi 9 juin 2012

Journal d’un corps, Daniel Pennac

Le 3 août 2010, le narrateur écrit une lettre à sa fille Lison pour qu’elle aille chercher un cadeau post mortem chez son notaire. Il s’agit du journal qu’il a tenu en douce sa vie durant, de sa douzième à sa quatre-vingt-huitième année,  qui n’est ni  un journal intime ni le compte rendu de sa vie professionnelle  mais le journal de son corps, uniquement.
Plus on l’analyse, ce corps moderne, plus on l’exhibe, moins il existe. Annulé à proportion inverse de son exposition. 
Le narrateur y raconte tout ce qui est tu d’ordinaire, par honte, bienséance ou habitude et ce n’est jamais gênant. Je l’ai trouvé simplement juste, vrai, précis et toujours  plein de réalisme, avec une pointe d’humour et beaucoup d’autodérision. 
Fils d’une mère castratrice et d’un père très aimé mais absent pour faits de guerre, il est sujet à des peurs paniques durant son enfance  jusqu’au jour où il  décide de tout dire dans son journal et de vaincre ainsi ses peurs. Il se permet tout alors, comme ces deux pages  consacrées  à la mort de sa nounou bien aimée où il répète indéfiniment: «Violette est morte, violette est morte» suivi de sa décision de ne plus se nourrir. 

Comme toujours chez Pennac, on tombe souvent sur des épisodes admirables qui étonnent, déconcertent ou font sourire. J’ai surtout aimé la dernière partie quand vraiment son corps n’en finit pas de perdre petit à petit tous ses moyens, sans doute est-ce plus nouveau que les récits d’enfance,  même si ceux-ci ne se focalisent que  sur les souvenirs corporels.  A travers des remarques assez anodines  comme sur un détail de mode par exemple, c'est  derrière le miroir qu'il passe pour relever les travers d'une société qui se cache et se rassure à la fois  derrière les apparences. 
Le nombre de barbus de trois jours à cette soirée de quadragénaires ! Curieuse époque, tout de même, la moins aventurière qui soit, assureurs, avocats d’affaires, banquiers, communicants, informaticiens, boursicoteurs, tous salariés d’un monde virtuel, tous en surcharge pondérale, sédentaires à en trouer le plancher, le cerveau confit dans leur sabir d’entreprise, mais des têtes de baroudeurs, tous,   retour d’expédition, fraîchement revenus du Ténéré ou redescendus de l’Annapurna, au moins. Bref, la mode par antiphrase. 
C’est un livre très réussi que j’ai beaucoup apprécié, comme l’ont fait Clara, Brize, Véronique, Mirontaine, Valérie, Cécile, 
Journal d’un corps, Daniel Pennac ( Gallimard, 2012, 400 pages)

42 commentaires:

  1. j'en suis à la page 37... mais je dois le reprendre pour ne pas saboter la lecture! Il me tarde...

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    1. Tu n'en es qu'au début avec son frère Dodo. Tu as le meilleur devant toi!
      Je l'ai lu en même temps qu'un autre de Richard Russo et ça ne m'a pas gênée. C'est l'avantage des journaux: on peut facilement les interrompre.

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  2. hyper demandé à la médiathèque je vais donc attendre un peu qu'il soit plus disponible mais j'ai bien l'intention de le lire, Pennac est un ami de longue date :-)

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  3. Je le lirai c'est certain. J'ai tellement de bons souvenirs de lecture avec Daniel Pennac !

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    1. Je ne l'ai pas toujours aimé mais j'ai aussi de bons souvenirs de quelques-uns de ses livres cependant.

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  4. Repéré, et plutôt deux fois qu'une mais pas encore lu... Au fil des billets, ce livre devient incontournable...

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    1. Il faut se faire sa propre idée. Le thème est original en tout cas et pour moi, il le traite comme il faut.

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  5. Relire un roman de Pennac voilà une bien belle perspective ! Ton avis + me donne encore l'envie !
    Bisous et bon WE !

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    1. Celui-ci est vraiment différent, tu verras.

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  6. Toujours un bonheur d'ouvrir un livre de Pennac. Je constate que celui-ci n'échappe pas à la règle.

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    1. Il fera partie de ses meilleurs livres, je pense.

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  7. Misère, il était neuf à moitié prix chez le bouquiniste et je l'ai laissé là ! (mais j'en ai pris d'autres sans doute très bien aussi...) J'attendrai sa sortie poche, je crois, ou la bibli, je ne suis pas sans rien en attendant...

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    1. Il t'attendra aussi sagement en livre de Poche. Rien ne presse pour le lire.

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  8. Je dois le lire car j'en avais beaucoup entendu parler à sa sortie et le principe m'interpellait. Et puis, d'ordinaire,j'aime beaucoup Pennac.

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    1. C'est un homme sincère et libre et ça se sent!

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  9. J'aime beaucoup Daniel Pennac. Ses livres sont toujours de bonnes surprises. Je vais me procurer celui-ci très vite.

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    1. Il a été très bien accueilli dès sa sortie.

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  10. C'est un écrivain que j'admire pour son imagination fertile mais surtout dans le courage de dire! J'aime beaucoup de Ses citations dont celle-ci, que je trouve vraie:« Chaque lecture est un acte de résistance. Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même. »

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  11. Il me tente beaucoup celui là... Je suis quasiment sûre qu'il me plaira... Mais j'attendrais sa sortie poche, en Folio en général ça va très très vite...

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    1. A la rentrée, je pense qu'on le trouvera en Poche! Tu pourras te régaler.

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  12. J'attendais ton avis... avant de plonger dans l'aventure... dans quelque temps sans doute.

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    1. Un thème pas si souvent abordé sous une forme aussi vécue et proche du quotidien.

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  13. Pas sûr que j'arriverai à attendre sa sortie Poche ^^ Le sujet (très original d'ailleurs) et le fait qu'il s'agisse d'un journal, tout cela me tente beaucoup !

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    1. C'est un journal mais romancé quand même, c'est-à dire écrit "sous forme de journal". C'est bien quand même!

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  14. Une maie était déçue par le style trop simple, du coup ça m'a refroidie ...

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    1. Le style simple, sans fioritures est justement parfait pour moi si on veut parler de son corps dans toute son animalité sinon on tomberait vite dans le baroque ou la fantaisie et ça m'aurait déplu.

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  15. Il m'a permis de renouer en beauté avec Daniel Pennac !

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  16. Ah oui, je l'ai adoré. Si bien que je passe mon temps à le prêter.

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  17. Je pense qu'il me plairait aussi, ça fait d'ailleurs bien longtemps que je n'ai pas lu cet auteur :)

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  18. Plus trop fan de Pennac (je préférais ses polars, on ne se refait pas). Mais pourquoi pas...

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    1. Tiens je ne connais aucun de ses polars!

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  19. Je n'ai pas du tout accroché à cette lecture...

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    1. Je peux comprendre car c'est quand même spécial.

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  20. Honte sur moi, je n'ai jamais lu Pennac. Là, je crois que je vais pas y couper ! Ca tombe bien, ce livre me tente beaucoup !

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