vendredi 11 janvier 2013

E.M. Forster, Monteriano


Le récit commence à la gare de Charing Cross,  avec le départ en grande pompe  pour l’Italie de la jeune veuve  Lilia, chaperonnée par Miss Abbott, une jeune fille de l’endroit tout aussi inexpérimentée. Toute la belle famille Herriton a tenu à l’accompagner: sa belle-mère, ainsi que Philippe et Harriet, le frère et la sœur de son mari défunt avec Irma sa propre fille. Elle est heureuse : elle se sentait trop étroitement surveillée jusque là et ce voyage soulage tout le monde car Lilia, insouciante et imprévisible, commet  bévues sur bévues, ce qui est très mal vu et considéré comme inquiétant.
Cependant ce sera pire en Italie lorsqu’elle décide de se marier  avec le beau Gino, scandalisant sa famille anglaise  puisque ce n’est qu’un fils de dentiste. On envoie alors Philippe, le beau-frère, en ambassade et en catastrophe, pour essayer d’éviter cette mésalliance mais il arrive trop tard.  
 Je m’attendais à ce que ce soit Lilia, une fois remariée en Italie,  qui devienne  le personnage principal mais il n’en est rien et les rebondissements sont suffisamment nombreux et surprenants pour que pas un seul instant l’intérêt de la lecture ne se relâche. C’est passionnant, tragique et drôle,  très enjoué aussi selon les moments.
Philippe et Miss Abbott rivalisent de présence et de prises de positions importantes et décisives, sans oublier Harriet, l’intransigeante et  fatidique belle sœur.
Si l'homme italien offre  beauté,  joie de vivre et amour, les décisions importantes sont prises par les femmes anglaises auxquelles seul l’amour paternel résistera pour le malheur de tous.

Quelques citations:
Aucun d'eux ne comprit que le conflit les dépassait, qu'il était national, que des générations d'ancêtres, bons, mauvais ou indifférents, interdisaient à l'homme latin de se montrer chevaleresque envers la femme nordique, comme à cette dernière de pardonner à l'homme latin.
 (Sa propre mère) effrayait Philippe, sans lui inspirer un respect profond. Car sa vie n'avait pas de sens et son fils le voyait. A quoi servaient sa diplomatie, ses mensonges, sa perpétuelle domination? Quelqu'un en était-il meilleur ou plus heureux? En était-elle même, personnellement, plus heureuse?  Harriet, avec sa bigoterie aigre et triste, Lilia, avec son avidité au plaisir, étaient encore d'une qualité plus divine que cette machine logique, active et parfaitement inutile. 
Le bain du bébé: Miss Abbott, comme toute femme, aimait laver n'importe quoi, a fortiori un objet humain.
 Monteriano [ou “Là où les anges craignent de marcher», ( …les sots se précipitent…, citation de Pope), son autre titre]  est le premier roman de E. M. Forster après sa découverte de l’Italie. Paru en 1905,  il est traduit en 1954 en français  par son ami Charles Mauron et c’est cette traduction que «Le bruit du temps» vient de publier en juin  2012. On y trouve déjà les thèmes principaux de «Avec vue sur l’Arno», l’affrontement entre deux modes de vie, celui, rigide et austère de l’Angleterre d’alors et celui plus souriant et spontané de la Toscane puisque le titre se réfère à San Giminiano, la ville aux treize Tours.
Tout l'art de Forster est déjà là et j'ai aimé ce premier roman presque à l'égal des autres: Avec vue sur l'ArnoHowards end,  Maurice
Autres billets: Dominique, Lilly, ...

Monteriano de E.M. Forster,
Traduction de l’anglais par Charles Mauron. Édition présentée et annotée par Catherine Lanone
(Le Bruit du Temps, 2012, 224 pages) Couverture: Wim Schuhmacher, San Gimignano

Titre de 1905 : Where Angels Fear to Tread

19 commentaires:

  1. Pas lu, tiens. Oui, j'ai eu ma période Forster, forcément (incluse dans la période auteurs anglais)

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    1. Très intéressant, avec déjà les thèmes de "Avec vue sur l'Arno". Une belle édition en plus avec préface plus les notes de Virginia Woolf sur le roman de son ami.

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  2. Je n'ai pas bu pourtant ;) ni mis mes moufles, alors je recommence, tu pourras effacer les deux messages précédents : De quoi faire s'écrouler la pile des à lire ! Bon week-end :)

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    1. Il est tard, voilà tout! :) Un bien beau roman: n'hésite pas!

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  3. J'ai lu "Maurice" dernièrement et j'ai très envie de continuer ma lecture de ses romans ! et revoir les films d'Ivory !

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    1. C'est par les films d'Ivory que j'ai rencontré Forster justement! Il est vraiment super!

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  4. Un auteur que je n'ai pas encore "pratiqué". Ce serait bien de commencer avec ce 1er roman.

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    1. C'est un régal mais je préfère cependant: "Avec vue sur l'Arno".

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  5. J'ai lu plusieurs Forster (j'ai eu ma période, comme Keisha) mais pas celui-ci. Je note.

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  6. J'ai lu "Avec vue sur l'Arno", j'avais aimé même si le style m'avait un peu paru ampoulé.

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    1. Il est juste un tout petit degré en dessous. Je n'ai pas aimé le personnage de la jeune mère!

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  7. J'ai beaucoup aimé ce roman même si il est un peu moins abouti qu'Avec vue sur l'Arno c'est un premier roman tout à fait intéressant ou Forster est en germe dans ce qu'il aura de meilleur
    Merci pour ton lien

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  8. Retour à Howard Ends" il y a plus de 15 ans que j'avais adoré. Je m'en rappelle encore, c'est dire.

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  9. Tu as raison, tous les thèmes que Forster va développer ensuite (en mieux encore) sont déjà là dans ce premier roman.
    La réédition de ce roman, qu'on ne trouvait plus qu'en occasion à des prix indécents, est une excellente chose (d'autant que tu précises qu'il y a une bonne préface et des notes de V. Woolf).
    Sans doute le sais-tu, Monteriano a fait l’objet d'une adaptation cinématographique : Where angels fear to tread, titre original de Monteriano. Pas à la hauteur des splendeurs de James Ivory mais pas mal quand même.

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  10. Chic, un Forster jamais lu et en plus c'est un premier roman !!

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